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Mémoires > LAVOISIER, Documents et mémoires relatifs au prix du salpêtre, 1892.
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Ce moyen de fabriquer du salpêtre a, comme les voûtes, l'inconvénient d'exiger une 
main-d’œuvre, d'occuper beaucoup de place, et d'ailleurs le petit toit de paille dont on 
recouvre les murailles ne suffit pas pour empêcher la pluie de frapper sur leurs parois 
dans les temps de vent, de sorte qu'une partie du salpêtre est entraînée aussitôt 
qu'elle est formée.

Les fosses ont un autre inconvénient : comme le salpêtre ne peut se former sans le 
contact et le renouvellement de l'air, la nitrification ne s'y fait qu'à quelques pouces de 
profondeur, et il est aisé de concevoir que ce moyen doit être par conséquent celui de 
tous qui exige le plus de terrain et qui, par conséquent, est le moins économique.

Il parait, tout examen fait, en discutant les uns par les autres les mémoires présentés 
à l'Académie de Besançon et en les rapprochant des connaissances de chimie les 
plus certaines, que le moyen le plus économique et le plus avantageux de produire du 
salpêtre est de faire, sous de grands hangars, des amas de terre quelconque, pourvu 
qu'elle ne soit ni trop sableuse ni trop argileuse, d'y mélanger des matières animales 
disposées à la putréfaction, telles que des fumiers, du crottin de mouton, de la fiente 
de pigeon, des vidanges, etc., d'y introduire même des végétaux, en choisissant de 
préférence les espèces qui contiennent une plus grande quantité de nitre ; de les 
arroser d'urine, de lessive de fumier, etc., enfin de remuer fréquemment ces terres à 
la pelle : premièrement, pour les entretenir toujours meubles ; secondement, pour 
renouveler les surfaces, et pour exposer successivement toutes les parties de la 
masse à l'action de l'air.

Parmi les auteurs qui ont concouru, il en est plusieurs qui regardent comme suffisant 
d'élever de grands hangars, d'y nommer des terres quelconques qui ne soient pas 
trop compactes ; ils se persuadent qu'elles se salpêtreront d'elles-mêmes sans 
addition et qu'au bout de trois ans on pourra les lessiver avec profit. Cette opinion non 
seulement n'est pas prouvée, mais elle est contraire même aux expériences de M. 
Mariotte, à celles de Lémery et à l'opinion du plus grand nombre des chimistes. Il est 
très probable que, s'il se forme du salpêtre dans une terre exposée à l'air, sans 
aucune addition, ce n'est qu'en raison des matières végétales qu'elle contenait, telles 
que des racines de plantes, etc., ou des matières animales qui y ont été 
accidentellement mêlées.

Tel est à peu près le résultat de ce que les mémoires qui ont concouru pour le prix de 
l'Académie de Besançon contiennent d'utile quant à la partie physique. On y trouve en 
général beaucoup d'assertions, mais peu de preuves : les auteurs affirment bien 
qu'on peut, par telle méthode, parvenir à produire du salpêtre ; mais aucun ne dit 
précisément ni qu'il en a fait, ni combien il en a fait, et, à proprement parler, il n'y a pas 
dans tous ces mémoires une seule expérience.

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